Concrete Knives : « Écoute-toi et le ciel t’aidera »

Après quatre ans d’absence, la formation caennaise revient avec Our Hearts, un deuxième album très attendu. Rencontre avec Nicolas et Corentin, tous deux guitaristes de Concrete Knives, à l’occasion du concert du groupe au Festival Génériq’ à Mulhouse.

Un petit récapitulatif de l’histoire du groupe ?

Nicolas : Le groupe a 10 ans. On s’est formé en Basse-Normandie dans une ville qui s’appelle Flers. Après, on a tous plus ou moins migré à Caen pour faire nos études à la fac. Et là, le groupe s’est vraiment formalisé.

En 2010, on a fait les Transmusicales de Rennes et à partir de ce moment-là, c’est devenu très central dans notre vie. Morgane est arrivée dans le groupe six mois avant les Transmusicales. On a sorti un premier album – Be Your Own King – en 2012, entre temps Corentin nous a rejoints. La tournée s’est arrêtée en 2013 et on a mis quatre ans à accoucher de ce nouveau disque.

Pourquoi avoir fait une si longue pause ?

Corentin : En fait, on sortait d’une période hyper intense de tournée. On était tous ensemble tout le temps, et on a eu envie de faire des choses différentes. Adrien qui fait du clavier dans le groupe a un groupe qui s’appelle Samba de la Muerte. Je l’ai rejoint sur ce projet-là. Pendant ce temps, les gars ont créé un projet qui s’appelle Elecampane où il y a Nico (guitariste), Guillaume (batteur) et Augustin (bassiste). Morgane a pris du temps pour faire d’autres choses dans sa vie.

On a eu besoin de passer par différentes étapes avant d’être sûrs de ce qu’on allait proposer. Très vite, après la tournée du premier album, on a essayé de faire des sessions de composition. Il y avait des trucs supers mais on sentait que ce n’était pas encore le son de Concrete Knives. Il a fallu du temps pour que ça s’affine, parce qu’on a eu plein d’autres envies dans le même temps.

Pouvez-vous détailler le contenu de ce nouvel album ?

Nicolas : C’est un album de dix titres. On l’a enregistrée en décembre 2016 pendant deux semaines à Carpentras dans le sud de la France, au Studio Vega, sous la réalisation d’un musicien danois qui s’appelle Andreas Pallisgaard, qui faisait partie du groupe Pinkunoizu. C’est quelqu’un dont on appréciait énormément le travail, sa musique nous a pas mal accompagnés durant ces quatre ans.

Corentin : Comme je disais, au début, quand on a commencé à composer, on n’avait pas le truc qui faisait qu’on arrivait à être ce groupe où on est vraiment tous ensemble. On a finalement réussi à retrouver ce truc-là donc je dirais qu’il y a une continuité avec le premier album. Celui qui connait bien Concrete Knives ne va pas être perdu en l’écoutant. Mais quand je le réécoute aujourd’hui, il est un peu plus mature que quelque part, un peu plus profond. Il prend plus son temps, et en même temps, il y a toujours des fulgurances. Certains morceaux sont aussi un peu plus lourds de sens.

Qu’est-ce que vous avez écouté pendant quatre ans ?

Corentin : C’est un peu difficile de répondre parce que ce qui fait vraiment une des forces de Concrete Knives, c’est que l’on est six personnes hyper différentes. Par exemple, on a des centres d’intérêts musicaux différents donc c’est difficile de répondre. Mais on peut peut-être parler de ce qu’on écoute tous ensemble en ce moment.

Nicolas : Moi j’aime beaucoup Altin Gün, gros coup de cœur, un groupe de reprises de versions disco des années 70 de chansons traditionnelles folkloriques turques. Tout au long de ses quatre ans, j’ai plutôt regardé dans le rétro. Aller chercher la modernité mais pas forcément dans quelque chose d’actuel. À l’heure d’internet, beaucoup de choses ressurgissent, des trésors un peu cachés.

Corentin : Je suis d’accord avec ça. Typiquement, il y a un album sur lequel on s’est tous retrouvé c’est l’album de William Onyeabor, qui était une sorte de compilation qu’il avait faite. C’est un bon point de convergence.

J’ai vu qu’il y avait deux dates de sortie pour l’album, une pour la France, une autre pour le reste du monde. C’est un objectif pour vous de le faire voyager ?

Nicolas : On est ouverts sur le monde, notamment musicalement. On aimerait vraiment tourner dans les pays anglo-saxons. C’est le fruit de ces voyages qui nourrit aussi nos vies, et inconsciemment notre musique, donc c’est très important pour nous.

Corentin : Quand tu joues à l’étranger, tu te mets un peu plus en danger sur la route. Sans être une aventure dangereuse pour ta vie, tu crées des expériences qui sont complètement singulières. C’est hyper motivant, tu t’enrichis en rencontrant des personnes différentes.

– © Alphonse Terrier

Si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui veut se lancer dans l’industrie musicale aujourd’hui ?

Nicolas : Je dirais uniquement « Écoute-toi et le ciel t’aidera. » Encore plus à l’heure actuelle où il faut faire plein de choses pour exister. Le principal c’est de rester le plus fidèle à ce que tu veux faire.

Et enfin, c’est quoi pour vous la bonne musique ?

Nicolas : Celle qui te colle vraiment à la peau, c’est ce que tu es, c’est ton identité, c’est toi. C’est quelque chose qui est passionné, qui est habité par des sentiments extrêmement forts, quel que soit le registre. C’est vraiment quand quelqu’un arrive avec un propos, un feeling et des sentiments et qu’il les expose. Pour moi c’est ça, la bonne musique.

Le nouvel album de Concrete Knives – Our Hearts – est disponible depuis aujourd’hui chez Vietnam. Le groupe jouera le 20 mars au Point Éphémère à Paris.