Nous sommes allés courtiser L’Impératrice

Après avoir emballé la France entière avec trois EPs et un Maxi majestueux, L’Impératrice s’apprête à régner sur un premier album très attendu. Rencontre avec les six membres du groupe, quelques heures avant leur concert pour les 20 ans du Grand Mix à Tourcoing. Belle occasion de discuter avec eux de leurs projets à venir et de leurs influences.

On fête aujourd’hui les 20 ans du Grand Mix. C’était quoi votre vie, vous, quand vous aviez 20 ans ?

Charles : Flore, c’est en ce moment !

Flore : Moi, à 20 ans, je venais d’arriver à Paris et je faisais du jazz.

David : À 20 ans, j’étais dans la musique classique principalement, puis j’étais complètement irresponsable, ce qui a fortement changé. (rires)

Achille : Moi j’étais dans un groupe de rock !

Hagni : Je jouais à la PlayStation tous les soirs.

Tom : À 20 ans, je vivais chez mes parents, j’étais fortement irresponsable et j’étais dans un groupe de rock.

Charles : Je sais pas si je m’en rappelle très bien. Si si, je m’en souviens bien, je revenais du Chili, j’avais séché mes études de droit pour me barrer, et je pense que c’est la première grosse embrouille que j’ai eu avec mes parents.

– © Alphonse Terrier

Vous êtes un peu le groupe des anniversaires puisqu’après les 20 ans du Grand Mix, vous assurerez en novembre une carte blanche autour de Michel Berger pour les 25 ans de l’EMB Sannois. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Charles : Pour l’instant, on est vraiment en phase de préparation. Ce que je peux dire c’est qu’il y aura plein d’invités, dont certains chanteurs ou chanteuses avec qui on n’a pas du tout l’habitude de travailler. On aura aussi une chorale. L’idée c’est vraiment de revisiter Michel Berger à notre sauce, ce qui est assez fascinant, mais en respectant aussi le côté très populaire et variété dont il était un peu l’icône. Je ne peux pas tellement en dire plus pour l’instant parce qu’on est vraiment en phase de préparation, si ce n’est que c’est vraiment une sacrée excitation de faire ce truc. On est vraiment touché que Pascal Stirn (ndlr : le programmateur de l’EMB) nous ait fait confiance là-dessus.

Vous avez par le passé réinterprété un titre de Michel Legrand qui s’appelle Disco Magic Concorde et vous citez beaucoup ce grand compositeur comme une influence. Qu’est-ce qu’il représente pour vous ?

Flore : Pour moi, c’est vraiment un sens de la mélodie en or.

Charles : Je pense que c’est ce à quoi on aspire, pas forcément musicalement mais dans l’harmonie, dans les émotions qui se dégagent de ses compositions. C’est vraiment la rencontre parfaite entre la nostalgie, la joie, et la tristesse, cet espèce d’entre deux qu’il y a. Je trouve que c’est vraiment un des seuls compositeurs qui maitrise ça à fond, tout en conservant un côté très pop. C’est un peu le Beatles des compositeurs français. Il représente beaucoup, c’est aussi une référence commune. Quand on s’est mis à tous parler de musique entre nous, David m’a tout de suite parler du Messager (ndlr : un film de Joseph Losey dont Michel Legrand a composé la bande originale). C’est génial parce que c’est un peu le point d’orgue de notre entente musicale. En revanche, on n’a pas réinterprété Disco Magic Concorde : on l’a salement samplé et on a mis un gros kick dessus ! (rires)


Vous sortez cette semaine un EP de remixes, avec notamment un remix de Séquences par Parcels. Comment s’est faite la rencontre avec ce groupe ?

Flore : On les a rencontrés à Calvi l’année dernière. On jouait dans une petite crique pour la Villa Schweppes et ils jouaient là-bas. On connaissait leur musique et ils aimaient bien L’Impératrice aussi. Et on les a revus à We Love Green cette année, on a joué juste avant eux.

Charles : Il y a une entente très cordiale entre nous !

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces remixes ?

Charles : Comme tu le disais, il y a un remix de Parcels. Il y a aussi un remix de Voilaaa, qui est un projet conduit par un mec qui s’appelle Bruno Patchworks, qui est le gars à l’origine de Uptown Funk Empire et que moi je kiffe vraiment. C’est un gars qui a des grosses influences africaines, afrobeat, et il a décidé de faire ce truc hyper roots enregistré dans un garage : Voilaaa. On a aussi un remix de Dicky Trisco, qui est souvent en duo avec Pete Herbert. C’est un peu toute cette scène disco que tu peux retrouver chez OYE Records à Berlin notamment. C’est vraiment la scène disco underground berlinoise et on est très très contents d’avoir un remix de leur part. Et on a aussi un remix de Patchworks qui défonce (ndlr : un des multiples projets solos de Bruno Patchworks). Il a complètement destroye notre morceau Sultans des îles en ternaire, c’est génial ce qu’il a fait ! Tout est très coloré, assez club, planant, et on est vraiment content de cet EP de remixes.

Qu’est-ce que vous écoutez comme musique en ce moment ?

David : En ce moment, j’écoute The Good, the Bad and the Queen, un des projets
de Damon Albarn.

Flore : Moi j’avoue, il n’y a rien en ce moment qui m’a vraiment touché depuis Kadhja Bonet. C’est vraiment le dernier album que j’ai écouté à fond, en boucle toute la journée.

Hagni : Après, moi il y a quelque chose que j’ai réécouté beaucoup dernièrement, grâce à David, parce qu’en fait on avait découvert ça ensemble. C’est un vieux truc : un album de chansons de Chico Buarque où les musiques sont arrangées par Ennio Morricone. Cet album existe en deux versions : une version italienne et une version brésilienne. Avec David, on est d’accord pour dire que la version brésilienne est extraordinaire. Cet album est vraiment magnifique et je ne crois pas qu’il soit très connu. Les deux univers sont mélangés : celui de Chico Buarque et des chansons brésiliennes, mais aussi celui d’Ennio Morricone, dans l’utilisation des instruments, de la guitare, de la basse et des cordes.

Avez-vous vu des films au cinéma dernièrement ?

Charles : Moi, j’ai vu pleins de films. Je suis allé voir le dernier Sofia Coppola, qui est extrêmement chelou, malgré un casting génial, c’est pas top. Je suis surtout allé voir Mother!, le dernier Aronofsky, qui est complètement fascinant. Grosse BO et puis surtout un casting de malade. C’est un partage en couilles assez inégalé je trouve dans l’histoire du cinéma récent. C’est ce que j’aime bien, à la fois dans le cinéma et dans la musique : explorer des thèmes avec beaucoup d’influences et là tu peux pas faire plus. C’est à la fois biblique, apocalyptique, politique, très social et très contemporain. Et en même temps ça part en couilles en mode Peter Greenaway, c’est vraiment génial !

Hagni : La dernière fois que je suis allé au cinéma, c’était pour aller voir Dunkerque, et même si j’aime bien Nolan, j’ai pas été un très grand fan du film.

Tom : Avec Hagni, on est allés voir Valérian (rires). C’était une épreuve comme une autre.

Hagni : On préférait les films des années 90 de Luc Besson.

Vous serez à La Cigale le 12 octobre, vous êtes prêts ?

Flore : On est en train de le préparer, il y aura des belles surprises et on va lever un peu le voile sur l’album.

Et justement, ce premier album, où ça en est ?

Charles : On est dans le mixage, c’est la phase finale et un peu prise-de-tête. L’album est prévu pour début 2018 !

Où est-ce que vous vous voyiez dans dix ans ?

Flore : Charles sera à la retraite déjà !

Hagni : Flore elle sera en congé maternité ! (rires)

David : Achille vient de dire que je serai en détox.

Hagni : C’est un milieu où les choses sont très éphémères, donc concrètement dans dix ans si on peut toujours vivre de notre musique, ce sera une belle victoire.

Et enfin, qu’est-ce que je peux vous souhaiter ?

Flore : Tu peux nous souhaiter plein de trucs : un beau concert ce soir, une belle Cigale ou une belle sortie d’album !

– © Alphonse Terrier

L’Impératrice se produira à La Cigale le 12 octobre, à l’EMB Sannois pour une carte blanche sur Michel Berger le 17 novembre, et au Casino de Paris le 4 avril 2018. Leur premier album est attendu début 2018 chez le label Microqlima.