Thérapie Taxi : « Il faut jouir au bon moment »

Après la sortie de l’EP Coma Idyllique en début d’année, le groupe Thérapie Taxi revient dès février prochain avec un premier album sobrement intitulé Hit Sale. Rencontre avec Adé, Raph et Renaud, quelques heures avant leur concert au Festival Chorus.

– © Alphonse Terrier

Salut Thérapie Taxi ! Racontez-moi, vous en êtes où aujourd’hui ?

Raph : On sort un album ! C’est quand même important dans une carrière d’artiste : t’as le stress, tu te dis « Est-ce que les gens vont aimer l’album ? J’ai mis un an à le faire ! ». On attend, on se dit « Il faut que ça marche un peu, un minimum pour qu’on puisse tourner ».

Imagine l’album ne marche pas, tout le monde s’en fout : possiblement moi je peux finir à la rue. (rires d’Adé et Renaud). Faut que les gens sachent que si vous achetez pas mon album, peut-être je vais finir à la rue en fait. C’est-à-dire qu’il y a quand même de grandes chances que je fasse une dépression si ça ne marche pas. Je mets pas de pression sur l’épaule de personne !

À quel moment on décide de consacrer sa vie à la musique, et vivre de ça ?

Adé : En vivre, tu y vas fort !

Raph : On en vit presque mais pas encore. Ça vient petit à petit : au début tu fais un truc parce que t’as envie de le faire, puis après il y a des gens qui commencent à s’intéresser à ça, et tu commences à te dire que tu pourras peut-être en faire ton métier, mais ça vient super lentement.

Adé : Au début, c’était plus pour s’amuser qu’autre chose.

Raph : Ce que je viens te décrire c’est un processus de trois ou quatre ans !

L’album s’appelle Hit sale et j’ai l’impression que c’est un peu tout l’ADN de Thérapie Taxi : un univers brut et assumé, qui invite à jouir des plaisirs de la vie (fumer, boire et baiser) au jour le jour. Vous en pensez quoi ?

Adé : C’est exactement ça !

Raph : Il faut jouir au bon moment ! Hit sale est l’une des chansons de l’album, et on c’est dit que ça pèterait en titre d’album car globalement l’idée c’est de faire des titres qui se retiennent mais qui dans les paroles sont un peu… transgressifs !

Vous sortez ce premier album le 2 février prochain, pouvez-vous nous en dire plus ?

Raph : Il y a quatorze titres. D’une certaine manière il y a quatre parties : Hit sale et Anti-Hit sale qui sont l’intro et l’outro, et au milieu on a calé trois parties de quatre chansons. La première c’est notre côté un peu pop dreamy avec beaucoup de synthés genre Coma. La deuxième est vraiment axée sur le texte et parle d’amour sous différentes formes. On s’est amusé à mettre Salope dedans évidemment, entourée de nos deux balades. Et la troisième partie c’est la teuf : ça commence avec les morceaux les plus pêchus et à la fin tu as la redescente avec Zarba qui parle d’un lendemain de teuf.

Et à la fin en outro, tu as Anti-Hit Sale, où il y a mes copains qui chantent et qui finissent l’album. C’était le soir de mes 24 ans, j’étais avec un magnétophone et je leur ai demandé de chanter la dernière phrase. Ils ont tous chanté ça, tout le monde a galéré, tout le monde était bourré et j’adore cette fin d’album !

Vous avez collaboré avec Roméo Elvis sur la chanson Hit sale. Comment l’avez-vous rencontré et comment s’est déroulée cette collaboration ?

Raph : J’avais écrit la chanson en pensant à lui à la base. J’écoutais « Drôle de question » et je me suis dit « Ce serait trop stylé qu’on fasse un featuring avec un rappeur », parce que je trouvais ça bien quand t’as un refrain qui pète, tu te fais pas chier à écrire les couplets (rires). Et en fait je pensais à lui parce que tout simplement j’aimais beaucoup ce qu’il faisait, et à l’époque il faut savoir qu’il était connu mais c’était complètement envisageable. J’ai balancé la chanson en maquette à Antoine, notre directeur artistique, en lui disant «Je pense à Roméo Elvis, est-ce que tu crois que ce serait possible de le contacter ? ».

Hasard des choses : deux jours après on faisait une session Vevo Dscvr et il en faisait une le même jour. Donc on l’a rencontré, il avait déjà entendu parler de nous et il était chaud pour qu’on travaille ensemble. On lui a proposé la chanson, il a accepté puis ça a mis un peu de temps parce qu’évidemment il avait un programme très chargé. Il a été super sympa, il est gentiment venu tourner le clip. On est très contents parce que le featuring ne sort pas de nulle part, nos univers collent et ça fonctionne vraiment.

Je vous suis depuis un petit moment et les réactions du public qui découvrent certaines de vos chansons sont souvent assez extrêmes (dans les deux sens)…

Raph : Tu veux parler de Salope sans doute !

Adé : C’est le but en fait : si on la chante, c’est bien pour que les gens aient une réaction ! Il y en a qui rigolent, ça c’est ceux qui ont le mieux compris la chanson je trouve.

Raph : C’est génial en fait ! T’imagines tu suscites pas d’impression, ça c’est dur à assumer, ça c’est dur à vivre. Les réactions qu’on a le plus ce sont les gens morts de rire mais t’as des gens qui se cassent aussi ! Mais moi j’adore aussi, ça veut dire que tu as provoqué quelque chose, qu’il s’est passé quelque chose. Tu provoques quelque chose dans quelqu’un et tu fais de la musique pour ça. Je préfère qu’un mec se casse plutôt qu’un mec qui s’en fout en buvant son café ! Ça veut dire que tu as éveillé un truc en lui, même négatif et ça c’est excellent.

Quel est le meilleur conseil que vous pourriez donner à quelqu’un qui veut se lancer dans la musique ?

Raph : De chanter en français. Les gens s’en foutent de l’anglais aujourd’hui en France.

Adé : Si on chantait Salope en anglais, tout le monde s’en fouterait.

Raph : Pour certains groupes ça marche, je pense à UTO ou Agar Agar. Mais la plupart des groupes le font mal, et c’est pas bien.

Raph, Adé et Renaud : Chante dans ta langue !

Comment vous imaginez Thérapie Taxi dans 10 ans ?

Raph : Je pense que je serai psychothérapeute. Non en vrai dans dix ans si on a un peu de chance, il y aura peut-être deux ou trois personnes qui se souviendront de nous. Il faut pas se leurrer, on va dans un truc où tout va tellement vite.

Qu’est-ce que je peux vous souhaiter ?

Raph : En vrai, nous on voudrait juste que notre album marche assez bien pour qu’on puisse faire une belle tournée pendant un an et commencer à remplir des salles un peu partout sans que ce soient des salles énormes. On veut que ça marche comme Fishbach ou The Pirouettes ont marché, histoire d’aborder un deuxième album sereinement. Le mieux que tu puisses nous souhaiter c’est qu’on fasse une Maroqu’ complète, on se fait une petite tournée cool pendant tout le printemps. Cet été on fait plein de festoches, on revient en septembre on fait une Cigale complète (ndlr : ils feront finalement La Cigale début juin), déjà c’est super bien. Ensuite on part sur une tournée un peu partout et on revient en février on fait L’Olympia. Voilà le parcours idéal !

Et enfin, c’est quoi pour vous la bonne musique ?

Adé : C’est la nôtre ! (rires)

Raph : C’est la musique faite sincèrement, voilà ce que c’est la bonne musique.

Le groupe Thérapie Taxi sortira son premier album ‘Hit sale’ le 2 février 2018 chez Panenka Music avant une tournée dans toute la France. Ils joueront notamment à la Maroquinerie le 25 janvier (complet) et à La Cigale le 6 juin.